Le comédien algérien Sid Ahmed Agoumi est éteint !
Du cinéma de Costa-Gavras aux comédies de la télévision, son visage avait traversé les générations. Le décès de Sid Ahmed Agoumi, annoncée dimanche 20 septembre 2026, referme plus de soixante ans de création. Derrière les rôles, il y avait aussi un homme de théâtre, un lecteur des écrivains algériens et un ancien directeur du Théâtre national.
Publié : 17h51 par La Rédaction
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Avant les hommages officiels, il y eut un lycéen qui faisait du théâtre en cachette de son père. Sid Ahmed Agoumi avait raconté ce premier engagement, pris en 1957, bien avant que son nom ne s’installe au générique des films et dans les foyers algériens. Cette passion allait devenir le métier de toute une vie.
Le comédien, connu à l’état civil sous le nom d’Ahmed Meziane, est mort dimanche 20 septembre 2026. L’Office national des droits d’auteur et des droits voisins (ONDA), dont il était membre, a annoncé sa disparition. L’agence Algérie Presse Service (APS), qui cite ses proches, rapporte qu’il avait 86 ans.
Le fils de tailleur qui choisit la scène
Né en 1940 à Bologhine, alors appelée Saint-Eugène, à Alger, Sid Ahmed Agoumi était d’origine kabyle. Sa carrière prend de l’ampleur dans les années 1960, mais son goût du jeu remonte à l’adolescence. Dans l’entretien publié par le Bondy Blog en août 2006, il situait ses premiers pas au moment des grèves de 1957, pendant la guerre d’Algérie. Après avoir passé la première partie du baccalauréat, il avait abandonné ses études. Son père, tailleur, avait très mal accepté cette décision.
Des décennies plus tard, le comédien défendait toujours une idée exigeante du théâtre. Il voulait une scène populaire, capable de questionner le pouvoir et de faire réfléchir le spectateur. Dans ce même entretien, il expliquait son refus d’un art réduit à la propagande. Cette conviction éclaire un parcours où le travail d’interprète s’est accompagné de responsabilités à la tête d’institutions culturelles.
Un parcours de cinéma entre drames et comédies
En 1969, Sid Ahmed Agoumi apparaît dans Z, de Costa-Gavras, et dans Les Hors-la-loi, de Tewfik Farès. Deux titres qui l’inscrivent dans les premières années du cinéma de l’Algérie indépendante. Le premier connaîtra une consécration internationale avec, en 1970, les Oscars du meilleur film en langue étrangère, pour l’Algérie, et du meilleur montage.
Son nom se retrouve ensuite dans Le Moulin de monsieur Fabre, d’Ahmed Rachedi, en 1983, puis dans Automne, octobre à Alger, de Mohammed Lakhdar-Hamina, en 1993. Au fil des décennies, il change de registre et de partenaires. Il participe à la comédie Il était une fois dans l’Oued, de Djamel Bensalah, sortie en 2005, puis au polar Morituri, d’Okacha Touita, en 2007, adapté de l’univers romanesque de Yasmina Khadra.
Avec Les Diseurs de vérité, de Karim Traïdia, présenté au Festival international du film de Rotterdam en 2000, il incarne Sahafi, un journaliste algérien confronté aux menaces de mort et au choix de l’exil. Sa prestation lui vaut un prix d’interprétation masculine, mentionné dans sa notice d’Africultures. Le film place au premier plan les dilemmes d’un homme menacé pour ses écrits.
Des théâtres algériens aux scènes francophones
Le théâtre occupe une place centrale dans cette carrière. Le Théâtre national algérien recense notamment ses participations au Cadavre encerclé, à Hassan Terro et à Des roses rouges pour moi. Sa notice lui attribue plus d’une cinquantaine d’œuvres, tous supports confondus, et rappelle ses responsabilités dans les établissements culturels de Tizi Ouzou, d’Annaba et de Constantine, ainsi qu’à la direction du TNA.
Installé en France dans les années 1990, il poursuit son travail sur les planches. En 1995, il joue dans Le Retour au désert, de Bernard-Marie Koltès, mis en scène par Jacques Nichet. Il est aussi de la distribution de Nedjma, d’après Kateb Yacine, mise en scène par Ziani-Chérif Ayad en 2003. Jean Sénac, Mouloud Feraoun, Rachid Mimouni ou Benamar Mediene font également partie des auteurs dont il porte les textes à voix haute.
Cette activité le conduit jusqu’à Montréal. Du 16 mars au 4 avril 2004, il partage avec Diane Lavallée l’affiche du Collier d’Hélène, de Carole Fréchette, au Théâtre d’Aujourd’hui, dans une mise en scène de Martin Faucher.
La télévision prolonge son lien avec le public
La télévision entretient ce lien avec les spectateurs. Il figure notamment dans le téléfilm Kahla Oua Beida, d’Abderrahmane Bouguermouh, en 1980, puis dans Djemai Family, en 2008 et en 2011, et dans la série tunisienne Nsibti Laâziza, en 2013. À partir de 2015, Sultan Achour 10, de Djaafer Gacem, l’associe à un nouveau personnage, le ministre Qandil.
Ce rôle comique ajoute un visage à une carrière déjà longue. Entre les spectateurs de ses premiers films et ceux qui le découvrent dans les séries, les générations se succèdent. Lui continue de jouer. En février 2024, il apparaît encore au générique du court métrage Tayara Safra, de Hadjer Sebata, présenté en avant-première à Alger.
Les hommages de la présidence et du ministère de la Culture
Abdelmadjid Tebboune a adressé ses condoléances à la famille du comédien et au milieu culturel. Le président salue un « comédien talentueux et intellectuel attaché à la culture nationale et à l’authenticité de l’art algérien ». Son hommage évoque plus de cinquante productions cinématographiques et télévisuelles et cite notamment Z et Chronique des années de braise. Le chef de l’État rappelle aussi les liens personnels qu’il entretenait avec l’artiste.
La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a également salué son parcours. Son ministère souligne sa longévité : « C’est avec une profonde tristesse et une grande émotion que la ministre de la Culture et des Arts, Mme Malika Bendouda, a appris la disparition du grand artiste Ahmed Meziane, connu sous le nom artistique de Sid Ahmed Agoumi, l’une des figures emblématiques du théâtre et du cinéma algériens, dont la carrière artistique s’est étendue sur plus de six décennies ».
Le ministère insiste sur la constance de son engagement : « Tout au long de cette longue carrière, il est resté fidèle à son art, présent dans des étapes marquantes de la création algérienne et contribuant à l’enrichissement de la scène culturelle et artistique nationale ». Il ajoute qu’« avec sa disparition, l’Algérie perd l’un de ses créateurs qui ont porté l’art comme une responsabilité et un message, laissant sur les planches et à l’écran une empreinte qui dépasse les rôles pour s’inscrire dans la mémoire de générations entières. »
Le texte revient sur la transmission de son travail : « Le nom de Sid Ahmed Agoumi restera présent dans l’histoire de l’art algérien à travers les œuvres et les rôles qu’il a interprétés, qui ont contribué à enrichir la mémoire artistique nationale et à consolider la place du théâtre et du cinéma dans le cœur des Algériens ».
Il se termine par un message à ses proches : « En cette douloureuse circonstance, Mme la ministre présente ses sincères condoléances et exprime sa profonde compassion à la famille et aux proches du défunt, à ses collègues et admirateurs, ainsi qu’à l’ensemble de la famille artistique et culturelle algérienne, priant Dieu Tout-Puissant d’accorder au défunt Sa sainte miséricorde, de l’accueillir dans Son vaste paradis et d’accorder à sa famille et à ses proches patience et réconfort ».
La mémoire des rôles et celle de l’homme
L’ONDA, pour sa part, rappelle l’appartenance du comédien à l’institution : « C’est avec une profonde tristesse et une grande émotion que l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins (ONDA) a appris la nouvelle du décès du grand artiste Ahmed Meziane, plus connu sous son nom de scène Sid Ahmed Agoumi, membre de l’Office et l’un des figures emblématiques du théâtre et du cinéma algériens, ainsi que l’un des noms d’exception auxquels l’histoire de l’art algérien et son parcours créatif ont été liés pendant des décennies ».
L’organisme poursuit : « Avec sa disparition, la scène artistique algérienne perd une immense figure qui a laissé une empreinte indélébile dans la mémoire de son public, forte d’un parcours riche qui a fait des planches et de l’écran des espaces de dévouement et d’expression, contribuant à enrichir le paysage culturel national par des rôles et des œuvres qui resteront à jamais gravés dans la mémoire artistique de l’Algérie ».
Chez ses compagnons de travail, le souvenir est aussi celui d’une présence quotidienne. Le réalisateur Bachir Derrais, qui l’avait dirigé dans Gourbi Palace et Llob, évoque un homme « généreux, drôle, simple » et des années d’amitié ponctuées de fous rires.
Il avait pu recevoir, de son vivant, la reconnaissance de son métier. La 16e édition du Festival national du théâtre professionnel lui avait été dédiée en décembre 2023. En juin 2024, il était devenu le premier lauréat du prix Afaneen El Djazaïr, créé par Madar Holding.
Ce soir-là, au moment d’être distingué, il avait choisi de remercier le public algérien. Sa réponse tenait en une phrase : « C’est lui qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes »
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