Ségolène Royal appelle la France à reconnaître et s’excuser pour les crimes coloniaux en Algérie !

La nouvelle présidente de l’Association France–Algérie, Ségolène Royal a livré à Paris une prise de parole très attendue. Face à une relation diplomatique gelée depuis l’été 2024, elle propose une voie claire : Reconnaître les crimes coloniaux, restituer les biens et les dépouilles et ouvrir enfin le dossier des essais nucléaires dans le Sahara.

Publié : 19 janvier 2026 à 12h58 par La Rédaction

France - Algérie
Crédit : D.R.

Une intervention sans détour.  Le rendez-vous s’est tenu à l’Institut de relations internationales et stratégiques, universitaires, militants et acteurs du dialogue franco-algérien étaient réunis autour d’un thème lourd de sens : « Demain, la France et l’Algérie». Dès les premières minutes, le ton est donné. Pour Ségolène Royal, la crise actuelle ne se réglera pas par des gestes symboliques. Ni par des rappels d’ambassadeurs. Le blocage est plus profond et il touche à l’histoire. « Le problème, c’est la mémoire », affirme-t-elle, en rappelant que « certaines blessures, les crimes de la colonisation, n’ont pas été nommées totalement, ni réparées, ni excusées ».

La mémoire comme préalable politique

Dans un débat politique souvent parasité par l’expression de « rente mémorielle », l’ancienne ministre assume une position ferme. Elle rejette cette notion. « Je n’accepte pas le concept de rente mémorielle, parce que c’est une manière commode de délégitimer la parole des blessés de l’histoire ».

Pour elle, il ne s’agit ni d’un calcul politique ni d’un rapport de force. « La mémoire des violences coloniales n’est pas un calcul ou un intérêt, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés ». Une reconnaissance jugée indispensable pour sortir de l’impasse diplomatique.

Restituer. Tout rendre.

Deuxième pilier de son plan. Les restitutions : Biens culturels, archives, restes humains. Le message est limpide. « Pour l’Algérie, il faut restituer, il faut tout rendre ».

Ségolène Royal cite plusieurs symboles forts. Les objets de l’Émir Abdelkader, figure majeure de la résistance du XIXᵉ siècle. Conservés au musée Condé de Chantilly. « Hier, j’étais en contact avec le musée de Chantilly. Je voudrais bien sûr que tous les objets (…) puissent être restitués, essentiellement sa tente, son sabre, son fusil et d’autres objets ».

Elle évoque aussi le canon Baba Merzoug, exposé à Brest. La promesse est directe. « Je vais voir cela avec le maire de Brest pour que ce soit fait dans les meilleurs délais ». Autre dossier sensible. Les restes humains. Ségolène Royal dit travailler à la restitution « de la totalité des dépouilles des résistants algériens et des crânes ».

Sahara, vérité et réparation ?

Troisième axe : Les essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien dans les années 1960. Un sujet longtemps tenu à distance. Ségolène Royal réclame la transmission complète des archives à l’Algérie. Et une mise à jour des données sanitaires et environnementales. « Que soient mises à jour toutes les conséquences, notamment les contaminations et les conditions de la dépollution de ce territoire ».

Au-delà du devoir de vérité, elle y voit un terrain concret de coopération. « Voilà une belle opportunité de développer des entreprises sur le secteur énergétique, sur le secteur de la transition énergétique et de la propreté environnementale ». Elle appelle à mobiliser « les meilleurs spécialistes sur la dépollution de production nucléaire ».

Abattre les murs, construire des passerelles

Pour la nouvelle présidente de l’Association France–Algérie, la mémoire ne doit pas enfermer. Elle doit ouvrir. « Il faudrait d’abord abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue, entre étudiants, entrepreneurs, chercheurs, artistes, créateurs et bien d’autres ».

Une conviction résumée en une phrase. « La reconnaissance des crimes coloniaux permettra la résilience complète et la libération vers la création, la projection vers des projets communs joyeux et enthousiasmants ». Avant de conclure. « La mémoire est un socle commun sur lequel on peut construire le “plus jamais ça” ».

En choisissant ce terrain sensible pour sa première sortie publique, Ségolène Royal assume un pari. Faire de la vérité historique non plus un obstacle, mais le point de départ d’un apaisement durable entre Paris et Alger.