Mort de Cheikh F., l’enquête fragilise la version policière !
Selon des éléments de procédure révélés par Libération et Mediapart, la voiture de Cheikh F., tué le 15 juillet 2026 par un policier municipal du Pontet, ne disposait plus d’aucune voie de sortie lorsque l’agent a ouvert le feu. Le policier, qui invoque une situation de légitime défense, a été mis en examen. Les témoignages recueillis et les constatations médicales soulèvent toutefois plusieurs questions.
Publié : 10h12 par La Rédaction
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La course-poursuite s’est achevée dans l’étroit passage d’un péage autoroutier. Le débat sur les circonstances du drame, lui, ne fait que commencer. Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2026, Cheikh F., 29 ans, a été mortellement touché par deux tirs effectués par un policier municipal du Pontet, une commune située dans la périphérie d’Avignon, dans le Vaucluse. La scène s’est déroulée peu avant 3 heures au péage de Vedène, sur l’autoroute A7.
Les premiers éléments communiqués après les faits faisaient état d’un refus d’obtempérer suivi d’une intervention face à un conducteur présenté comme dangereux. Les pièces de l’enquête consultées par Libération et Mediapart donnent aujourd’hui une image plus complexe de cette intervention.
Une poursuite engagée en pleine nuit
Le contrôle trouve son origine au Pontet. Vers 2 h 30, des agents de la police municipale croisent une Renault Clio bleue qui, selon leur récit, circule « à vive allure ». Les policiers décident de suivre le véhicule. Ils activent ensuite leurs avertisseurs lumineux et sonores pour demander au conducteur de s’arrêter. Cheikh F. ne s’immobilise pas et prend la direction de l’autoroute.
La poursuite se prolonge sur près de douze kilomètres. Elle conduit les policiers jusqu’au péage de Vedène, où plusieurs équipages municipaux interviennent. Le véhicule de Cheikh F. se retrouve alors dans un couloir délimité par les installations du péage.
D’après les auditions citées par les deux médias, les agents placent une voiture de police devant la Clio et une seconde à l’arrière. Cette manœuvre avait pour objectif d’empêcher toute nouvelle fuite.
Une voiture privée de toute issue
La position des véhicules constitue l’un des principaux points de l’enquête. Au moment où les coups de feu sont tirés, la Clio aurait été prise entre les deux voitures de police municipale. Un agent entendu par les enquêteurs aurait ainsi reconnu que « le véhicule n’avait donc plus d’issue ».
Cet élément fragilise l’idée d’une voiture encore lancée dans une fuite à grande vitesse. Il ne permet cependant pas, à lui seul, de déterminer les mouvements effectués par le conducteur dans les secondes précédant les tirs. Les enquêteurs doivent notamment établir si Cheikh F. a tenté de manœuvrer, d’avancer ou de reculer malgré le dispositif installé autour de lui.
Les policiers présents se seraient approchés du véhicule pour procéder à l’interpellation. C’est à ce moment que Théo U., policier municipal âgé de 28 ans et ancien gendarme, a fait usage de son arme.
Deux tirs effectués depuis le côté gauche
Cheikh F. a été atteint par deux projectiles. Les constatations médicales rapportées par la presse situent les blessures « sur l’arrière de son bras gauche » et « sur le côté gauche de son dos ». Les trajectoires examinées au cours de la procédure indiqueraient que les tirs ont été effectués depuis le côté gauche de la voiture, en direction du poste de conduite.
Ces données doivent encore être confrontées aux témoignages des agents, aux expertises balistiques et aux éventuelles images disponibles. Elles occupent une place centrale dans l’instruction, car elles peuvent permettre de reconstituer la position du tireur et celle du véhicule au moment précis où l’arme a été utilisée.
Théo U. a été mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Cette qualification signifie qu’à ce stade, la justice retient l’existence présumée d’un acte volontaire de violence, sans considérer comme établie une volonté de tuer.
Le policier affirme avoir été menacé
Lors de ses auditions, le tireur a soutenu qu’il avait agi pour se protéger. Il affirme s’être retrouvé coincé entre la Clio et des barrières métalliques installées dans le couloir du péage. Selon sa version, le mouvement du véhicule lui aurait fait craindre d’être percuté ou écrasé.
Plusieurs de ses collègues ont également décrit une situation dangereuse. Ils invoquent une menace visant les policiers présents et présentent l’usage de l’arme comme une réaction de légitime défense.
Les déclarations recueillies ne concordent cependant pas sur tous les points. Le tireur aurait notamment reconnu ne plus être certain de l’endroit exact où il se trouvait. Il n’aurait pas davantage été en mesure de préciser la distance qui le séparait du conducteur lorsqu’il a ouvert le feu.
Des images qui n’auraient pas été saisies immédiatement
L’exploitation des vidéos constitue une autre zone d’ombre. Plusieurs dispositifs pouvaient potentiellement avoir enregistré tout ou partie de la poursuite et de son issue : les caméras du péage, les caméras-piétons des policiers municipaux et les équipements de vidéosurveillance situés sur l’itinéraire.
Selon Libération et Mediapart, ces images n’auraient pas toutes été récupérées ou analysées dans les premières heures de l’enquête.
Une famille qui conteste la version policière
Cheikh F. travaillait comme mécanicien à Marseille. Il avait récemment quitté la détention après des infractions routières. Sa famille a expliqué aux enquêteurs qu’il éprouvait une « peur bleue » de la police, un élément avancé pour tenter de comprendre sa décision de ne pas s’arrêter.
Arié Alimi, avocat de la famille, met directement en cause les conditions de l’intervention et le contexte politique entourant l’usage des armes par les forces de l’ordre. « Des policiers municipaux de la ville RN du Pontet ont pris en chasse un homme arabe et l’ont tué à bout portant dans le dos alors qu’il était bloqué par deux véhicules. Les députés qui ont voté cette loi permis de tuer – adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale par le RN et la macronie – ont contribué à sa mort. Ils seront tout aussi responsables des morts à venir », a-t-il dénoncé auprès de Libération et Mediapart.
Ces propos expriment la position de la famille et de son conseil. Les circonstances exactes des tirs, leur distance et leur qualification pénale restent soumises au travail des magistrats instructeurs.
Le maire estime que l’agent peut reprendre son poste
De son côté, le maire du Pontet, Joris Hébrard, membre du Rassemblement national, a apporté son soutien au policier municipal. Il a estimé que l’agent pourrait « retourner travailler comme avant ».
Un drame survenu en plein débat parlementaire
La mort de Cheikh F. intervient huit jours après l’adoption, le 7 juillet 2026, par l’Assemblée nationale, d’une proposition de loi instaurant une présomption d’usage légitime des armes au bénéfice de certains membres des forces de l’ordre.
Le texte a été adopté en première lecture par 313 voix contre 199, avant d’être transmis au Sénat. À la date des faits, il ne s’agissait donc pas d’une loi définitivement adoptée et promulguée.
La disposition principale vise les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale. Elle prévoit que leur usage des armes soit présumé conforme aux conditions de nécessité et de proportionnalité prévues par le Code de la sécurité intérieure, sauf preuve contraire. Cette présomption ne concerne pas directement les policiers municipaux dans la rédaction votée par l’Assemblée nationale.
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