Leïla Shahid, la voix de la Palestine s’est éteinte en Europe !

Figure incontournable du combat diplomatique palestinien, ancienne représentante en France et auprès de l’Union européenne, Leïla Shahid est décédée le 18 février 2026 à l’âge de 76 ans. Une disparition qui suscite une vive émotion en Palestine comme en Europe.

Publié : 9h42 par La Rédaction

Leïla Shahid
Crédit : Hala Abou Hassira - X

La Palestine perd l’une de ses figures les plus emblématiques. Leïla Shahid s’est éteinte mercredi 18 fevrier à Lussan, dans le Gard, où elle vivait depuis plusieurs années. Sa sœur Zeina a confirmé son décès. Une enquête a été ouverte pour « recherche des causes de la mort ». Elle était également malade depuis longtemps.

Pendant plus de vingt ans, elle a incarné le visage de la Palestine en Europe. Déléguée générale en France de 1994 à 2005, puis auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg jusqu’en 2015, elle a porté la cause palestinienne sur toutes les grandes scènes diplomatiques.

Première femme à représenter l’Organisation de libération de la Palestine à l’étranger, elle s’est imposée par son éloquence et sa constance. Son engagement dépassait le cadre protocolaire. Elle se voulait d’abord militante.

« Une perte gigantesque » !

Invitée dans la Matinale de Beur FM, l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, a salué ce jeudi 19 février sa mémoire avec émotion. « Ce sont des mots d'extrême douleur, d'extrême tristesse pour cette perte gigantesque, une perte pour la Palestine, l'État de Palestine, pour le peuple palestinien, pour tous ceux qui l'ont connue ici en France, en Europe et dans le monde entier. »

Pour la diplomate, Leïla Shahid ne se résumait pas à une fonction : « Leila Shahid n'était pas une simple diplomate. [...] Elle était la grande militante avant d'être une diplomate, une militante pour les droits du peuple palestinien, pour la justice, pour la paix. » avant de continuer « Elle était habitée par la Palestine, habitée par les camps de réfugiés, par la souffrance des réfugiés palestiniens, par l'injustice. »

Elle a également rappelé que la défunte avait été profondément marquée « récemment par l'abandon du monde entier de peuple palestinien suite au génocide à Gaza ». Elle pensait aux Palestiniens qui se trouvent à Gaza « sans nourriture, sans domicile, anéanti et privé de tout ».

Hala Abou Hassira insiste sur son combat permanent contre l’impunité et l’injustice. « Elle a combattu l'impunité avec toutes ses forces. » Selon elle, Leïla Shahid incarnait « la force », « la valeur des droits internationaux » et la détermination d’un peuple « qui ne se renoncera jamais à ses droits ».

Elle représentait aussi, a souligné l’ambassadrice, « pour ma génération, pour les générations avant et la génération jeune d'aujourd'hui » un symbole de constance et de dignité.

La disparition est vécue comme un deuil national en Palestine. « Le peuple palestinien la pleure aujourd'hui », a déclaré l’ambassadrice, rappelant que la défunte portait « la voix des plus vulnérables ». « Aucun mot ne peut donner à cette grande dame le mérite qu'elle mérite elle. »

Dans un contexte particulier marqué par le début du mois de Ramadan et celui du Carême pour les chrétiens palestiniens, Hala Abou Hassira a souligné que Leïla Shahid incarnait aussi la tolérance et le pluralisme d’un peuple multiconfessionnel.

Elle évoque également « des enfants privés de tout, privés de leur dignité, privés de leur liberté, mais qui gardent le sourire parce qu'ils gardent la conviction que justice vaincra».

Une vie ancrée dans l’histoire palestinienne

Née à Beyrouth en 1949 dans une famille profondément engagée dans le mouvement national palestinien, Leïla Shahid grandit dans un environnement marqué par l’exil et la lutte politique. La guerre de 1967 bouleverse sa trajectoire. Elle s’engage alors auprès du Fatah et travaille dans les camps de réfugiés du Sud-Liban. Elle poursuit parallèlement des études de sociologie et d’anthropologie à l’Université américaine de Beyrouth, avant de rejoindre Paris pour approfondir ses recherches sur les camps palestiniens.

Son parcours la mène à représenter l’Organisation de Libération de la Palestine en Irlande, aux Pays-Bas et au Danemark à la fin des années 1980. En 1994, après les accords d’Oslo, elle devient déléguée générale de la Palestine en France. Elle visitera pour la première fois les territoires palestiniens la même année.

Entre 2005 et 2015, elle défend la cause palestinienne à Bruxelles, auprès des institutions européennes. Elle multiplie les interventions médiatiques et soutient des initiatives culturelles, notamment la Saison artistique Masarat/Palestine.

Une militante du dialogue

Si elle a dénoncé avec vigueur l’occupation et les violations du droit international, Leïla Shahid a également soutenu le principe d’une solution négociée à deux États. En 2012, elle reconnaissait avec lucidité les limites du processus engagé : « Nous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux États. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué (…) [...] la communauté internationale est responsable aussi de notre propre échec. »

Jusqu’à la fin, elle a continué d’intervenir dans le débat public. En octobre 2023, sur France Inter, elle appelait à comprendre les causes profondes du conflit plutôt qu’à céder aux simplifications.

Un héritage politique et culturel

Au-delà de la diplomatie, Leïla Shahid a participé à plusieurs ouvrages collectifs et documentaires. Elle a notamment soutenu le tribunal Russell sur la Palestine et collaboré à des films consacrés à Jean Genet. Retraitée depuis 2015, elle consacrait son énergie à des projets culturels liés à la diaspora palestinienne.

« On va continuer cette lutte » !

L’ambassadrice Hala Abou Hassira a conclu son hommage sur Beur FM par un message de continuité : « On va continuer cette lutte jusqu'à la liberté et l'indépendance et la dignité surtout. Leïla qui n'a jamais perdu l'espoir. »

Elle a également rappelé que « c’est un trait du peuple palestinien de ne jamais perdre l'espoir ». Elle a ajouté, avec détermination : « on va vaincre l'occupation, on va vaincre l'apartheid, on va vaincre l'injustice. »

Leïla Shahid laisse l’image d’une femme déterminée, d’une diplomate respectée et d’une voix qui aura marqué plusieurs générations.