Laurent Nuñez à Alger pour un dialogue à quitte ou double ?
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est en déplacement officiel à Alger pour deux jours. Reçu par son homologue algérien Saïd Sayoud, il entend rouvrir le canal du dialogue sécuritaire dans un contexte de fortes tensions entre les deux capitales.
Publié : 13h10 par La Rédaction
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Un déplacement à forte portée politique. Après plusieurs mois de crispations diplomatiques, la visite de Laurent Nuñez en Algérie marque un moment clé. C’est la première fois depuis 2023 qu’un ministre français de l’Intérieur se rend à Alger.
Accueilli à l’aéroport par le ministre algérien de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, le locataire Place Beauvau s’est ensuite rendu au Palais du gouvernement pour des réunions de travail élargies aux délégations des deux pays. Parmi les membres présents figurait notamment la directrice de la DGSI, Céline Berthon. En revanche, l’ambassadeur de France en Algérie, rappelé à Paris depuis plusieurs mois, ne faisait pas partie du déplacement.
Avant son arrivée, Laurent Nuñez avait clairement affiché ses intentions. « Je me rends en Algérie pour une réunion de travail avec mon homologue. Il y a eu une phase de préparation entre services à un niveau technique et donc maintenant, on passe à la phase politique », a-t-il déclaré.
Terrorisme, immigration et narcotrafic au menu
Le ministre souhaite aborder « toutes les questions de sécurité », allant de la lutte contre le terrorisme au démantèlement des réseaux de narcotrafic, en passant par la gestion de l’immigration irrégulière.
Le dossier des réadmissions reste particulièrement sensible. Il concerne le retour vers l’Algérie de ressortissants faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Selon des sources proches du dossier, aucun ressortissant algérien sous OQTF n’a, à ce jour, été repris par Alger.
Début février, Laurent Nuñez expliquait attendre « un bougé », une « amorce de réponse» des autorités algériennes sur ce point, ainsi que sur le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes, arrêté en mai 2024 en Kabylie et condamné en appel à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Une rupture avec la ligne dure précédente
Cette démarche tranche avec celle de son prédécesseur Bruno Retailleau, partisan d’une confrontation plus ferme avec Alger. Laurent Nuñez a, dès sa nomination, insisté sur la nécessité du dialogue, estimant que la logique du bras de fer n’avait pas permis d’avancées concrètes. « J’ai toujours été confiant dans le rétablissement des relations sécuritaires avec l’Algérie (…). Cette visite est l’aboutissement de cette position, qui est de continuer à dialoguer avec les autorités algériennes sur les questions de sécurité. Ça me paraît indispensable », a-t-il affirmé.
Pour plusieurs observateurs, cette visite s’inscrit dans une volonté française de normalisation. Mais du côté algérien, le message est clair : toute reprise du dialogue devra se faire dans un cadre d’égalité et de respect mutuel.
Pour Alger, cette phase de réchauffement ne peut s’envisager que dans le cadre d’un partenariat « d’égal à égal », débarrassé de toute condescendance et fondé sur le respect strict de la souveraineté nationale. Les autorités algériennes rappellent que la souveraineté constitue une ligne rouge et que la question mémorielle demeure le véritable baromètre de la sincérité française dans la relation bilatérale.
Des relations bilatérales sous tension
Les rapports entre Paris et Alger se sont dégradés depuis l’été 2024, notamment après la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les différends se sont ensuite accumulés : enlèvement d’un influenceur algérien opposant au gouvernement, arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, mise en examen d’un agent consulaire algérien en France, puis expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger.
La diffusion sur France 2 de l’émission « Complément d’enquête » intitulée « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie » a également été jugée offensante par les autorités algériennes.
Sur le plan économique, le président Abdelmadjid Tebboune avait accusé, la semaine passée, la France, sans la nommer, de mener une « guerre économique » contre l’Algérie, évoquant notamment des restrictions visant les exportations algériennes vers l’Union européenne. Dans ce contexte, certains responsables évoquent néanmoins « des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés », selon la députée franco-algérienne Sabrina Sebaihi.
L’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal, récemment en visite en Algérie à titre personnel en tant que présidente de l’Association France-Algérie, avait pour sa part plaidé pour une « reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie ».
Mémoire et souveraineté, lignes rouges d’Alger
Au-delà des questions sécuritaires, Alger rappelle que la relation ne peut être dissociée du dossier mémoriel. Les autorités algériennes considèrent que la reconnaissance des blessures du passé demeure un préalable à un partenariat apaisé.
Le président Abdelmadjid Tebboune a répété à plusieurs reprises que la mémoire ne saurait être reléguée au second plan. Pour Alger, le respect de la souveraineté nationale reste une condition non négociable.
Vers un dégel progressif ?
L’historien Benjamin Stora se montre optimiste. « Avec Laurent Nunez, il y a la volonté de dialogue, de concertation », a-t-il indiqué sur BFM TV. Aucune rencontre avec le président Tebboune n’est officiellement programmée, même si le ministre a laissé entendre sur France Inter qu’il « verrai[t] bien ce qu’il se passe sur place ».
Cette visite intervient également alors que des acteurs économiques appellent à une relance des échanges commerciaux entre les deux pays. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, Michel Bisac, avait d’ailleurs invité Laurent Nuñez à se rendre à Alger « sans conditions », estimant qu’il « était le bienvenu ».
Au-delà des déclarations, l’enjeu est désormais concret : rétablir un canal de coopération stable entre deux partenaires historiques dont les relations ont connu, ces derniers mois, l’une des périodes les plus tendues depuis des années.
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