Le reste à charge des étudiants atteint 1 300 euros par mois !
Le coût de la vie étudiante progresse de 1,66 % en 2026, selon l’enquête annuelle de l’UNEF. Malgré un ralentissement de la hausse, les loyers, les transports et les frais universitaires continuent de peser lourdement sur les budgets. Les étudiants étrangers, ultramarins et décohabitants figurent parmi les plus exposés.
Publié : 12h39 par La Rédaction
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Avant même de retrouver les amphithéâtres, de nombreux étudiants doivent déjà revoir leurs comptes. Pour la rentrée 2026, l’UNEF évalue leur reste à charge moyen à 1 300 euros par mois. Cet indicateur correspond aux dépenses essentielles qui demeurent après déduction des aides sociales.
Le syndicat étudiant annonce parallèlement une augmentation globale de 1,66 % du coût de la vie sur un an. Le reste à charge représenterait 888 euros supplémentaires sur douze mois par rapport à 2025. Pour la première fois, il dépasserait le seuil de pauvreté retenu par l’organisation dans ses calculs.
La progression est moins forte que lors des deux rentrées précédentes. Elle avait atteint 4,12 % en 2025 et 2,25 % en 2024. La tendance de long terme reste toutefois marquée : depuis 2017, les dépenses étudiantes ont augmenté de 35,84 %, d’après l’UNEF.
Le logement absorbe une part croissante du budget
Le loyer demeure la principale dépense. Dans le parc privé, son montant moyen atteint 627,11 euros par mois, en hausse de 2,87 % en un an. Une chambre ou un studio en résidence Crous coûte en moyenne 426,36 euros, soit 1,04 % de plus qu’en 2025.
L’augmentation est particulièrement sensible en province. Le loyer moyen y passe de 513 à 537 euros par mois, ce qui correspond à une progression annuelle de 4,68 %. Cette évolution frappe directement les jeunes contraints de quitter le domicile familial pour suivre leur formation.
Les boursiers installés seuls en province enregistrent ainsi la hausse la plus importante de leurs dépenses, avec 2,14 %. Ils sont suivis par les non-boursiers dans la même situation, dont le budget augmente de 1,81 %. La progression atteint 1,42 % pour les étudiants ayant déménagé dans une grande ville et 0,36 % pour les boursiers vivant chez leurs parents en Île-de-France.
Pour l’UNEF, le manque de logements accessibles contribue directement à cette pression. L’organisation rappelle la promesse formulée en 2017 de construire 60 000 logements étudiants. Selon Manon Moret, l’objectif reste très loin d’être atteint. « Aujourd’hui, cinq ans après l’échéance qui avait été donnée par le président, il y a seulement 15 % des logements qui ont été construits », a-t-elle affirmé.
Le syndicat demande la création rapide de 150 000 logements Crous, puis de 600 000 places à plus long terme. Il défend également un encadrement plus large des loyers.
Des transports plus chers !
Les déplacements constituent un autre poste important. Les dépenses annuelles de transport s’élèvent en moyenne à 254,14 euros pour un étudiant boursier, en augmentation de 3,07 %. Elles atteignent 278,59 euros pour un non-boursier, soit une hausse de 2,29 %.
Les produits alimentaires ont, de leur côté, renchéri de 0,87 %. Même limitée, cette nouvelle progression s’ajoute au logement, à l’énergie, aux frais d’inscription et aux dépenses de santé.
Manon Moret estime que cette accumulation pousse certains jeunes à réduire leurs repas, à reporter des soins ou à accepter un emploi en parallèle de leur formation. « Ces chiffres catastrophiques cachent des vies d’étudiants qui doivent travailler en parallèle ou abandonner leurs études parce qu’ils n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins », a-t-elle déclaré à l’AFP.
La responsable de l’UNEF affirme que plus de la moitié des étudiants occupent désormais un emploi pendant leur cursus. Le syndicat alerte sur les conséquences de ces heures de travail sur l’assiduité et la réussite universitaire.
Un reste à charge de 2 160 euros pour les étudiants extracommunautaires
Les étudiants originaires de pays extérieurs à l’Union européenne supportent les dépenses les plus élevées. Leur reste à charge mensuel est estimé à 2 160,14 euros, soit 860,14 euros de plus que la moyenne nationale.
L’UNEF les présente comme les « premières victimes des politiques austéritaires du gouvernement ». Elle met notamment en cause les droits d’inscription différenciés ainsi que les nouvelles restrictions d’accès aux aides au logement.
Depuis le 1er juillet 2026, un étudiant extracommunautaire disposant d’un titre de séjour pour études ne peut bénéficier d’une aide au logement que s’il perçoit une bourse sur critères sociaux, exerce une activité professionnelle ou suit une formation en apprentissage ou en alternance. Ces conditions sont détaillées par Service-Public.fr.
Les étudiants ultramarins subissent également un surcoût. L’enquête évalue l’écart annuel entre 314 et 408 euros par rapport aux étudiants de l’Hexagone. L’UNEF les qualifie de « grands oubliés des politiques publiques ».
Les frais universitaires ont augmenté de 37 % depuis 2017
D’après le syndicat, les dépenses obligatoires liées à l’inscription à l’université ont progressé de 37 % depuis 2017. Cette évolution comprend notamment la création de la contribution de vie étudiante et de campus, la CVEC.
Instaurée en 2018 avec un montant de 90 euros, celle-ci reste fixée à 105 euros pour l’année universitaire 2026-2027. Ce tarif est confirmé par l’administration française Les étudiants boursiers et plusieurs autres catégories en sont toutefois exonérés.
En dressant le « bilan » des années de présidence d’Emmanuel Macron, l’UNEF porte un jugement particulièrement sévère. « La précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé », affirme l’organisation.
Le syndicat dénonce également « une logique plus large de désengagement de l’État de ses missions de service public dans l’enseignement supérieur : universités chroniquement sous-financées, Crous étouffés sous les coupures budgétaires, réforme des bourses enterrée, promesses de logements étudiants jamais tenues ».
Le second volet de la réforme des bourses abandonné
L’UNEF regrette l’arrêt de la réforme structurelle des bourses sur critères sociaux, après deux ans et demi de discussions avec le ministère de l’Enseignement supérieur. « On nous a appelés en plein mois de juillet l’été dernier pour nous annoncer que la réforme des bourses était annulée, faute de moyens », a rapporté Manon Moret.
Selon l’organisation, plus de 70 % des étudiants ne perçoivent aucune bourse sur critères sociaux. Elle considère également que le calcul fondé sur les revenus familiaux ne reflète pas toujours les ressources dont les jeunes disposent réellement.
Le syndicat réclame donc une allocation d’autonomie d’un montant équivalent au seuil de pauvreté. Pour lui, « cette augmentation continue du coût de la vie étudiante » illustre « l’incapacité du gouvernement à apporter une réponse à la hauteur des besoins réels de la jeunesse ».
Le repas à un euro confronté au manque de moyens
L’UNEF s’interroge aussi sur les conditions d’application du repas à un euro dans les structures universitaires. D’après Manon Moret, 120 millions d’euros seraient nécessaires pour assurer sa généralisation, alors que 50 millions ont été accordés cette année. « Le repas à un euro existe dans les Crous. Mais est-ce que, dans les restaurants universitaires et les cafétérias, cela se traduit par un accès généralisé et équitable pour tous les étudiants ? Non », a-t-elle déclaré.
Certains restaurants universitaires, conçus pour accueillir entre 200 et 400 personnes, doivent servir de 800 à 1 000 étudiants chaque midi. Le manque de personnel et l’état des équipements compliqueraient encore leur fonctionnement.
« Il y a des Crous où un four sur quatre fonctionne », affirme la secrétaire générale de l’UNEF. Elle redoute que les capacités d’accueil ne permettent pas à tous les étudiants concernés de profiter effectivement du tarif à un euro.
Une nouvelle menace sur les APL étudiantes
Une autre inquiétude concerne une recommandation formulée par l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires sociales. Les deux inspections proposent d’intégrer les revenus des parents dans le calcul des APL des étudiants encore rattachés à leur foyer fiscal.
Selon leurs estimations, cette modification réduirait les aides versées à 310 000 foyers. Environ 200 000 d’entre eux pourraient perdre entièrement le bénéfice des APL. L’économie attendue pour les finances publiques atteindrait 550 millions d’euros. Cette piste figure dans un rapport consacré à l’efficacité des politiques familiales, mais n’a pas été adoptée par le gouvernement.
L’UNEF refuse que l’autonomie d’un étudiant soit évaluée uniquement à partir de la situation fiscale de sa famille. Le syndicat juge que les jeunes sont considérés comme « majeurs légalement, mais pas socialement ». « Les étudiants ne sont pas l’appendice de leurs parents et ne paient pas leur vie étudiante avec la carte bancaire de leurs parents », a réagi Manon Moret, dénonçant une « mesure d’injustice sociale ».
L’organisation demande une revalorisation de 20 % des aides au logement. Elle souhaite également leur rétablissement pour les étudiants étrangers désormais exclus du dispositif. À quelques semaines de la rentrée, l’UNEF prévient que toute nouvelle réduction des aides pourrait encore accentuer les difficultés d’accès au logement, aux soins et à une alimentation suffisante.
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