« Agressée parce qu’elle est une femme noire », Aminata Pouye dénonce une attaque raciste !

La tête de liste « La Gauche au Sénat », soutenue notamment par La France insoumise, affirme avoir été insultée puis aspergée d’un liquide inconnu à Talence. Une démarche de plainte a été engagée. À quelques semaines du scrutin, cette affaire s’ajoute à une série d’attaques visant des responsables politiques issus de minorités.

Publié : 10h35 par La Rédaction

Aminata Pouye
Crédit : Aminata Pouye conseillère municipale - Facebook

Une campagne électorale devrait se jouer sur des idées et des bulletins. Celle d’Aminata Pouye se poursuit désormais sous le poids d’une agression qu’elle décrit comme raciste. Conseillère municipale d’opposition à Talence, près de Bordeaux, l’élue conduit la liste « La Gauche au Sénat » en Gironde pour le scrutin du 27 septembre 2026.

Prise à partie après une réunion de campagne

Les faits auraient eu lieu dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 août. Aminata Pouye revenait d’une rencontre avec des grands électeurs lorsqu’elle est descendue du tramway à Talence. D’après son équipe, quatre hommes circulant dans un véhicule se seraient arrêtés à sa hauteur.

La candidate aurait alors essuyé des insultes visant sa couleur de peau. Les occupants de la voiture lui auraient ensuite projeté un produit au visage avant de prendre la fuite. Dans son communiqué, l’équipe de campagne affirme qu’ils « ont proféré des injures racistes […] tout en lui aspergeant le visage d’un liquide inconnu ». Le produit aurait provoqué une irritation immédiate des yeux. Un porte-parole du mouvement a indiqué qu’aucune séquelle oculaire n’avait ensuite été constatée. 

Les quatre hommes n’ont pas été identifiés. Selon les informations publiées, Aminata Pouye n’a pas pu relever le numéro d’immatriculation du véhicule. Son directeur de campagne, Enzo Blanchard, a estimé auprès de France 3 Nouvelle-Aquitaine qu’« elle a été agressée parce qu’elle est une femme noire ». La liste, également soutenue par le Parti de gauche et les Verts populaires, a assuré que sa tête de liste restait « plus déterminée que jamais à continuer le combat antiraciste ». 

Selon son entourage, Aminata Pouye a effectué dimanche une démarche de plainte en ligne. Elle devait ensuite compléter sa déclaration auprès de la gendarmerie dans le courant de la semaine.

En Gironde, des précédents pendant les municipales

L’affaire ne surgit pas dans un climat apaisé. Dès l’automne 2025, la presse locale avait documenté une succession d’insultes, de menaces et de campagnes de dénigrement visant notamment Nordine Guendez, maire d’Ambarès-et-Lagrave, le militant antiraciste Karfa Diallo et Nordine Raymond, alors candidat LFI à la mairie de  

Le cas de Nordine Raymond est particulièrement documenté. Le 16 juin 2026, après les élections municipales, il a déposé plainte pour des faits présumés de harcèlement raciste, d’injures, de diffamation et de menaces de mort. Il disait avoir recensé plus de 10 000 messages au cours de la campagne.  Deux de ses colistiers avaient également signalé des attaques racistes, selon l’équipe d’Aminata Pouye. 

À Ambarès-et-Lagrave, les messages racistes et menaçants reçus en 2025 par Nordine Guendez et une responsable municipale ont, eux, donné lieu à un procès. Un homme a été condamné en novembre à six mois de prison avec sursis et à une obligation de soins.

Un phénomène qui dépasse la région bordelaise

La campagne municipale de 2026 a exposé des candidats de sensibilités politiques différentes à des attaques portant sur leurs origines réelles ou supposées. Au Kremlin-Bicêtre, des affiches de l’écologiste Toufik Khiar ont été couvertes d’une inscription raciste. À Hirson, la photo du candidat indépendant Rayane Benhammouda a été détournée dans un photomontage. À Strasbourg, Mohamed Sylla a raconté avoir été visé par une vague de commentaires xénophobes après l’annonce de sa candidature. Sarah Fraincart, candidate LFI à Troyes, a elle aussi décrit un flot d’insultes liées à ses origines franco-marocaines. 

Ces attaques ne prennent pas toutes la même forme. Certaines restent cantonnées aux réseaux sociaux. D’autres visent des permanences, des affiches ou le domicile des personnes ciblées. L’agression rapportée par Aminata Pouye franchirait un seuil supplémentaire puisqu’elle associerait des insultes racistes à une atteinte physique.

Les données du ministère de l’Intérieur confirment un niveau élevé des faits enregistrés.En 2025, la police et la gendarmerie ont comptabilisé 9 700 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, soit 5 % de plus en un an. À cela s’ajoutent près de 6 700 contraventions. Le ministère souligne aussi l’ampleur de la sous-déclaration : d’après son enquête de victimation, seules 3,5 % des personnes concernées déposent plainte. 

Les élus locaux sont également soumis à une pression croissante. Une note du Cevipof publiée en juillet recense 2 501 faits de violence contre eux en 2024, dont 250 agressions physiques.

La protection des candidats aux sénatoriales, un angle mort

Depuis la loi du 21 mars 2024, les candidats reconnus comme faisant l’objet d’une « menace avérée » peuvent, sous certaines conditions, obtenir le remboursement de dépenses de sécurité. Le dispositif peut couvrir la surveillance d’un local de campagne, la sécurisation d’un déplacement ou le recours à une protection rapprochée. Le niveau de risque doit être évalué par le préfet.

Mais le guide publié en février 2026 par la Commission nationale des comptes de campagne précise que ce mécanisme ne s’applique ni aux candidats à l’élection présidentielle ni à ceux des élections sénatoriales.

Un scrutin à fort enjeu en Gironde

L’agression dénoncée intervient à moins de sept semaines des élections sénatoriales. Le 27 septembre, 178 des 348 sièges du Sénat seront renouvelés. En Gironde, six mandats sont à pourvoir au scrutin proportionnel.