Le racisme, lui, ne prend pas de vacances !

Une campagne de testing menée dans plusieurs villes du littoral méditerranéen met en lumière des différences de traitement visant des clients perçus comme noirs ou arabes. Refus d’entrée, places moins avantageuses, tarifs disproportionnés ou remarques stigmatisantes : SOS Racisme demande une réponse ferme des pouvoirs publics.

Publié : 11h13 par La Rédaction

SOS Racisme
Crédit : SOS Racisme - Site officiel

Sous les parasols comme derrière les cordons de velours, l’égalité de traitement reste parfois une promesse inachevée. Dans certains lieux de loisirs, l’origine supposée d’un client semble encore pouvoir déterminer sa place, le prix qui lui sera demandé, voire son droit d’entrer.

SOS Racisme a publié, mardi 28 juillet 2026, les conclusions d’une campagne de testing conduite dans des plages privées et des établissements nocturnes du sud de la France. Les opérations ont été réalisées à Montpellier, Palavas-les-Flots, La Grande-Motte, Marseille, Aix-en-Provence, Nice et Antibes. D’après l’association, les résultats révèlent la persistance de pratiques discriminatoires dans l’accès aux loisirs. 

Vingt-trois plages privées passées au crible

L’enquête a porté sur 23 plages privées distinctes. Sept établissements étaient situés dans le secteur de Montpellier, Palavas-les-Flots et La Grande-Motte. Cinq autres se trouvaient à Marseille, tandis que onze plages ont été testées à Nice et Antibes.

Pour mesurer les éventuelles différences d’accueil, l’association a comparé la manière dont étaient reçus plusieurs groupes perçus respectivement comme noirs, arabes ou blancs. Selon ses conclusions, plus d’une opération jugée probante sur six a fait apparaître un traitement discriminatoire dans les établissements balnéaires étudiés. 

À La Grande-Motte, une situation a particulièrement retenu l’attention des militants. Les participants perçus comme blancs et noirs ont obtenu des transats au premier rang, au plus près de la mer. Le groupe perçu comme arabe n’a pas bénéficié de la même possibilité. Il a été orienté vers une rangée moins avantageuse, située plus en retrait.

À Antibes, le constat a été plus direct. Dans l’une des plages testées, les groupes perçus comme noirs et arabes n’ont pas été admis. Le groupe de contrôle, perçu comme blanc, a en revanche pu accéder à l’établissement.

Dans les établissements de nuit, près d’un test sur trois mis en cause

Les résultats sont encore plus préoccupants dans les bars et les discothèques examinés. Selon SOS Racisme, près d’un testing probant sur trois a permis de constater une différence de traitement susceptible de constituer une discrimination.

À Montpellier, un groupe perçu comme noir s’est vu fermer les portes d’une boîte de nuit. Le personnel lui aurait indiqué que l’établissement ne pouvait plus accueillir de clients, faute de place. Pourtant, les groupes perçus comme arabes puis blancs, arrivés après lui, ont été autorisés à entrer.

Une mécanique comparable a été observée à Marseille. Des participants perçus comme noirs et arabes ont été écartés au motif qu’ils ne figuraient pas parmi les habitués de l’établissement. Quelques instants plus tard, le groupe perçu comme blanc a pu franchir l’entrée sans se voir opposer cette condition.

À Nice, la différence ne s’est pas matérialisée uniquement par une porte fermée. Elle a aussi pris la forme d’un écart tarifaire spectaculaire. Le groupe perçu comme noir s’est vu réclamer 200 euros. Aucun prix particulier n’aurait été annoncé au groupe perçu comme arabe. Les participants perçus comme blancs ont, eux, reçu une proposition à 15 euros, avec une consommation comprise.

« Pas de bagarre ce soir » : une entrée accordée, mais un soupçon imposé

Dans un autre établissement, tous les participants ont finalement été acceptés. Le groupe perçu comme arabe a néanmoins été accueilli par cette remarque : « Pas de bagarre ce soir. »

SOS Racisme n’a pas intégré cet épisode au décompte des discriminations, puisque personne n’a été empêché d’entrer. L’association considère cependant que cette phrase traduit un accueil fondé sur un préjugé : celui qui associe, sans élément objectif, des clients perçus comme arabes à un risque de violence.

L’épisode montre que l’inégalité ne se limite pas aux refus d’accès. Elle peut aussi s’exprimer dans le ton employé, dans la suspicion immédiate ou dans une humiliation formulée devant d’autres clients. Une personne peut ainsi être admise dans un lieu tout en étant renvoyée, dès son arrivée, à une image négative liée à son origine supposée.⁠

Des pratiques variables, mais un risque bien réel

L’association apporte toutefois une nuance importante à ses résultats. Tous les établissements testés n’ont pas adopté un comportement discriminatoire. Certains lieux contrôlés deux jours consécutifs à Nice et Antibes n’ont pas réservé le même accueil aux participants d’une journée à l’autre.

Cette variation montre que les pratiques observées ne sont pas nécessairement permanentes. Elles peuvent dépendre de l’équipe présente, du responsable chargé de l’entrée ou des circonstances du moment. Elle ne suffit cependant pas à effacer les situations relevées.

Pour les personnes perçues comme noires ou arabes, le risque demeure concret : être écartées sans justification valable, payer davantage, obtenir un service moins favorable ou subir une remarque dégradante. Derrière chaque cas se trouve la même réalité, celle d’un accès aux loisirs qui peut devenir incertain en raison d’une origine réelle ou simplement supposée.

Une infraction sévèrement punie par la loi

Le droit français interdit de défavoriser une personne en raison notamment de son origine, de son apparence physique ou de son appartenance, réelle ou supposée, à une ethnie, une nation ou une religion.

Refuser un bien ou un service pour un motif discriminatoire constitue un délit. Lorsque ce refus intervient dans un lieu accueillant du public ou vise à en empêcher l’accès, les peines peuvent atteindre cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Une plage privée, un bar ou une discothèque conserve la possibilité de faire respecter des règles légitimes, notamment en matière de sécurité ou de comportement. En revanche, ces règles ne peuvent pas servir de prétexte pour sélectionner les clients selon leur couleur de peau ou leur origine présumée.

Le dépôt de plainte également pointé du doigt

L’opération menée à Montpellier a connu un prolongement inquiétant. Un enregistrement audio réalisé au moment du dépôt de plainte a conduit SOS Racisme à dénoncer la manière dont les faits rapportés auraient été accueillis.

Selon l’association, les échanges enregistrés laisseraient entendre une minimisation de la situation. Le caractère potentiellement raciste des faits aurait été contesté, tandis que certaines remarques auraient pu décourager la poursuite de la démarche. SOS Racisme évoque également des soupirs, des réactions ironiques et une attitude qu’elle juge inadaptée face à une personne venue signaler une possible infraction.

L’accueil réservé aux victimes constitue pourtant une étape décisive. Une personne qui se sent mise en doute, moquée ou dissuadée peut renoncer à faire valoir ses droits. Pour l’association, ce découragement alimente mécaniquement la sous-déclaration des faits et réduit les chances de voir les auteurs poursuivis. 

SOS Racisme réclame une réponse coordonnée

Face à ces résultats, SOS Racisme appelle les préfectures et les collectivités locales à réunir les professionnels des plages privées et du monde de la nuit. L’objectif serait de leur rappeler leurs responsabilités ainsi que les sanctions encourues en cas de traitement discriminatoire.

L’association souhaite également la mise en place de formations destinées aux établissements recevant du public. Ces actions devraient permettre aux responsables, aux agents de sécurité et aux personnels d’accueil de mieux identifier les préjugés susceptibles d’influencer leurs décisions.

SOS Racisme demande par ailleurs au ministère de la Justice d’adresser une circulaire aux magistrats. Celle-ci devrait, selon l’organisation, rappeler la nécessité d’engager des investigations sérieuses et de poursuivre les infractions discriminatoires lorsqu’elles sont suffisamment caractérisées.