Le Medef relance l’idée d’un CDI spécial jeunes, un débat aux airs de déjà-vu !

Près de vingt ans après l’abandon du contrat première embauche, le Medef remet sur la table un CDI destiné aux jeunes, plus flexible et rompable sans motif durant ses premières années. Une proposition qui ravive le souvenir du CPE de 2006 et provoque une levée de boucliers syndicale, sur fond de chômage persistant chez les moins de 25 ans.

Publié : 7h00 par La Rédaction

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Crédit : TungArt7 - Pixabay

Le souvenir est encore vif. En 2006, le contrat première embauche avait déclenché une mobilisation massive, jusqu’à son retrait sous la pression de la rue. Près de deux décennies plus tard, une idée comparable ressurgit. Dans une note transmise fin février aux organisations syndicales, le Medef a proposé la création d’un CDI spécifique pour les jeunes, « pouvant être rompu sans motif pendant les premières années ».

L’objectif affiché est clair : faciliter l’embauche des jeunes et lever les freins que représenterait, selon l’organisation patronale, la rigidité du CDI classique, notamment pour les primo-entrants sur le marché du travail.

Un CDI à droits progressifs

Concrètement, ce nouveau contrat reposerait sur une logique de flexibilité accrue au départ, assortie d’une indemnisation en cas de rupture, évoluant avec l’ancienneté. Le Medef évoque un système de protection progressive, inspiré du modèle italien mis en place en 2016, où les droits du salarié augmentent au fil du temps.

Selon l’organisation patronale, ce type de contrat aurait contribué à la baisse du chômage structurel en Italie. Une référence assumée, qui rappelle toutefois fortement les mécanismes du CPE porté en son temps par Dominique de Villepin.

Une opposition syndicale immédiate

Sans surprise, la réaction des syndicats a été rapide et virulente. La CGT a dénoncé une « déclaration de guerre contre les jeunes et les salarié.e.s », fustigeant un retour à des dispositifs déjà rejetés par le passé. Le syndicat rappelle que le CPE, avec ses deux années de période incertaine, avait été balayé par une mobilisation historique.

Même tonalité du côté de l’Unef, qui évoque un « nouveau CPE déguisé » et menace d’une mobilisation si le projet venait à être imposé. Le syndicat étudiant refuse que la jeunesse serve de « variable d’ajustement économique » et dénonce un risque de précarisation durable.

Le Smic et la formation au cœur des propositions

Au-delà du contrat lui-même, le Medef avance d’autres pistes sensibles. Il suggère une adaptation temporaire du niveau du Smic pour certains jeunes, via la négociation collective, dans une logique d’« incitation à l’embauche ». Une idée qui rappelle le débat récurrent autour d’un « Smic jeunes ».

L’organisation patronale propose également de renforcer les obligations de formation, d’assouplir les règles sur les temps partiels, de supprimer certains délais de carence entre CDD et d’allonger leur durée légale. L’objectif est de faciliter les transitions vers l’emploi durable, notamment pour les jeunes dits NEET, « ni en emploi, ni en études, ni en formation ».

Les NEET au centre de la réflexion

Selon le Medef, cette catégorie concernerait environ 1,3 à 1,4 million de jeunes en France. Une population hétérogène, souvent éloignée durablement du marché du travail. Pour l’organisation patronale, ces propositions ne sont « pas des projets arrêtés », mais « des pistes de réflexion » destinées à nourrir le dialogue social.

« On a en France 1,4 million de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en étude, ni en formation. Donc nous nous demandons comment faire pour les ramener à l'emploi », se défend le Medef, insistant sur la nécessité de regarder « ce qui a fonctionné chez nos voisins européens ».

Un débat plus large sur le modèle du pays

En filigrane, la discussion dépasse l’extraction d’un nouveau contrat. Elle interroge le modèle social français, souvent accusé de protéger l’emploi installé tout en compliquant l’entrée sur le marché du travail. Les comparaisons européennes sont régulièrement brandies : l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni affichent des taux d’emploi des jeunes bien supérieurs à ceux de la France.

Dans l’Hexagone, le taux de chômage des moins de 25 ans reste élevé, autour de 18,5 %, et l’accès à un emploi stable prend plus de temps que chez nombre de partenaires européens. Une lenteur qui pèse sur les trajectoires individuelles, mais aussi sur la croissance.

Un dossier loin d’être tranché

À ce stade, le gouvernement reste prudent. Du côté de Matignon, on rappelle que la priorité actuelle concerne d’autres négociations sociales, et que ces propositions relèvent davantage du débat politique, à l’approche des échéances électorales.

Reste une certitude : en ravivant le spectre du CPE, le Medef a rouvert une fracture ancienne du débat social. Entre flexibilité économique et sécurité des parcours, la question de l’emploi des jeunes continue de diviser, sans solution consensuelle en vue.