Permis de conduire et CPF : une réforme qui restreint l’accès des salariés !

La loi de finances 2026 met fin à l’accès élargi au financement du permis de conduire par le Compte personnel de formation. Désormais réservé aux demandeurs d’emploi et aux situations strictement professionnelles, le dispositif suscite de fortes inquiétudes. Auto-écoles et acteurs de l’emploi alertent sur les conséquences sociales et économiques de cette réforme.

Publié : 17h19 par La Rédaction

Auto école
Auto école
Crédit : Pixabay - devexcelsure

Un tournant dans l’utilisation du CPF ? Jusqu’à présent, les salariés pouvaient mobiliser leur Compte personnel de formation pour financer leur permis de conduire. Cette possibilité disparaît avec l’entrée en vigueur de la loi de finances 2026, adoptée par le gouvernement via l’article 49.3. Le financement du permis par le CPF est désormais limité aux demandeurs d’emploi ou aux salariés bénéficiant d’un cofinancement de leur entreprise, dans un cadre directement lié à l’activité professionnelle.

Le gouvernement justifie cette évolution par la volonté de recentrer le CPF sur des formations ayant un lien immédiat avec l’insertion ou le maintien dans l’emploi.

Une formation massivement utilisée

Avant cette réforme, le permis de conduire constituait la formation la plus financée par le CPF. Selon les données de la Dares, il représentait 23 % des formations financées en 2023. En 2024, plus de 300 000 candidats avaient mobilisé leur compte pour passer le permis B.

Le coût moyen du permis, estimé entre 1 500 et 2 000 euros, expliquait en grande partie ce recours massif. Pour de nombreux salariés, notamment les moins qualifiés ou vivant hors des centres urbains, le CPF permettait de lever un frein financier majeur.

Une entrée en vigueur rapide

La réforme doit s’appliquer dès le lendemain de la promulgation de la loi de finances 2026. Cette mise en œuvre rapide a entraîné une forte hausse des inscriptions dans les auto-écoles, les candidats cherchant à finaliser leur dossier avant la fermeture du dispositif.

Des auto-écoles sous pression

Les professionnels du secteur s’inquiètent des conséquences économiques de cette restriction. Dans de nombreuses structures, une part significative des candidats finançaient leur permis grâce au CPF. La disparition de ce flux pourrait fragiliser certaines auto-écoles, notamment les plus petites, dont l’équilibre repose en partie sur ce mode de financement.

À l’approche de l’entrée en vigueur de la réforme, de nombreux jeunes se pressent dans les auto-écoles pour s’inscrire avant la fermeture du dispositif. Cette ruée de dernière minute traduit l’inquiétude suscitée par la restriction du financement du permis via le CPF et accentue, à court terme, la pression sur les structures de formation.

Au-delà de la baisse potentielle du nombre d’inscriptions, les acteurs du secteur redoutent une instabilité accrue, avec des parcours de formation interrompus ou différés.

Un impact sur l’insertion professionnelle

Les acteurs de l’emploi soulignent que le permis de conduire reste un outil central d’accès au travail. Dans de nombreux secteurs, la mobilité est une condition indispensable à l’embauche, en particulier pour les métiers de service, du bâtiment ou de la logistique.

La réforme concerne en particulier les jeunes dits NEET, « ni en emploi, ni en études, ni en formation », qui représentent plus d’un million de personnes en France. Pour ces publics éloignés de l’emploi, l’accès au permis constitue souvent un préalable à toute insertion durable.

Un débat social relancé

En recentrant le CPF sur des usages strictement professionnels, le gouvernement assume un choix politique qui divise. Les critiques portent notamment sur le risque de créer une inégalité entre les salariés en poste et les demandeurs d’emploi, ces derniers conservant l’accès au financement du permis.

Une réforme aux effets encore incertains

Si l’exécutif défend une rationalisation du CPF, les conséquences à moyen terme restent difficiles à mesurer. Réduction de l’accès à la mobilité, ralentissement de l’insertion professionnelle et fragilisation d’un secteur économique : autant d’effets potentiels qui nourrissent le débat.

À l’heure où le permis de conduire demeure un levier essentiel d’accès à l’emploi, la restriction de son financement par le CPF ouvre une nouvelle fracture sociale, dont les effets concrets seront observés dans les mois à venir.