Le cinéma français relu à travers soixante ans d’héritages maghrébins !

Du 30 octobre 2026 au 21 mars 2027, le Musée national de l’histoire de l’immigration présentera une exposition consacrée aux artistes liés à l’immigration maghrébine. Films, photographies, affiches et objets de tournage raconteront leur rôle dans les transformations du septième art français.

Publié : 13h10 par La Rédaction

Le Musée national de l’histoire de l’immigration
Crédit : https://www.histoire-immigration.fr

L’histoire du cinéma français ne s’est jamais écrite sur une seule rive. Depuis les années 1960, des réalisateurs, des comédiens et des scénaristes issus de familles venues du Maghreb ont renouvelé ses personnages, ses sujets et son langage. Le Musée national de l’histoire de l’immigration leur consacrera une vaste exposition à Paris, dans la galerie temporaire du Palais de la Porte Dorée.

Intitulée Une histoire du cinéma français – Héritages maghrébins, elle sera ouverte au public du 30 octobre 2026 au 21 mars 2027. Le projet entend rendre visible une contribution majeure à la culture française, longtemps abordée à travers des œuvres isolées plutôt que comme une histoire collective.

Les créateurs au centre du récit

L’exposition ne cherchera pas seulement à étudier la manière dont les personnes immigrées ont été représentées à l’écran. Elle adoptera un autre angle : celui des artistes qui ont directement participé à la fabrication des films et à l’évolution du cinéma français.

Le parcours réunira plusieurs générations. Il reviendra notamment sur le travail du pionnier Ali Ghanem, avant d’aborder les trajectoires de Mehdi Charef, Rachid Bouchareb, Hafsia Herzi ou Lina Soualem. Les carrières de Jamel Debbouze, Rachida Brakni, Roschdy Zem et Sami Bouajila seront également mises en perspective.

Cette sélection permettra de montrer la diversité des expériences et des écritures. Certains de ces artistes ont travaillé sur les conséquences de l’exil et les mémoires familiales. D’autres ont exploré la construction de l’identité, les relations entre générations ou la circulation des individus et des cultures entre la France et les pays du Maghreb.

Des récits intimes devenus une histoire commune

À partir des années 1960, plusieurs cinéastes commencent à filmer les conditions de vie des travailleurs immigrés, l’éloignement du pays natal et les fractures laissées par l’histoire coloniale. Ces œuvres donnent accès à des réalités encore peu présentes dans les productions françaises de l’époque.

Les décennies suivantes voient apparaître de nouveaux regards. Les enfants de l’immigration prennent à leur tour la parole et racontent leur quotidien, leurs conflits familiaux, leur rapport à la langue ou leur sentiment d’appartenance. Ces récits ne restent pas cantonnés à une expérience communautaire. Ils interrogent plus largement la société française et la manière dont elle se représente.

La comédie, le drame social, le documentaire ou le récit autobiographique deviennent autant de terrains d’expression. Des personnalités populaires venues de la télévision et de l’humour occupent aussi une place croissante sur grand écran.

Affiches, films, storyboards et trophées

Le musée s’appuiera sur une importante sélection de documents et d’objets. Les visiteurs découvriront des extraits de films, des affiches, des photographies prises pendant les tournages, des storyboards et des archives de presse. Des trophées des César feront également partie du parcours.

Ces pièces permettront d’entrer dans les coulisses de la création. Elles éclaireront la naissance des projets, leur réception et la reconnaissance progressive de leurs auteurs et interprètes. Des films très connus dialogueront avec des productions moins diffusées. Certaines œuvres auront été restaurées ou numérisées spécialement pour l’occasion, selon la présentation officielle de l’exposition.

Une place affirmée pour les réalisatrices

La dernière partie de l’exposition se tournera vers la création contemporaine et les générations émergentes. Elle insistera particulièrement sur la présence des femmes devant et derrière la caméra.

Réalisatrices, actrices et autrices occupent une place croissante dans cette histoire. Leurs œuvres explorent notamment la mémoire, l’intime et la transmission, tout en affirmant une plus grande liberté formelle. L’exposition montrera également l’essor du cinéma de genre et l’émergence de nouvelles voix circulant entre les deux rives de la Méditerranée.

Un commissariat croisant cinéma et histoire

Le commissariat a été confié à Clémentine Deroudille, autrice, réalisatrice et commissaire d’exposition, ainsi qu’à Lucile Humbert Beldjoudi, chargée des projets audiovisuels du musée et créatrice de la résidence cinéma Horizons. Elles sont accompagnées par Chloé Dupont, chargée d’exposition.

L’accompagnement scientifique et artistique est assuré par Aurélie Cardin, fondatrice du Festival CinéBanlieue, et Solange Poulet, à l’origine de l’association marseillaise Aflam.

Le projet s’inscrit dans la Saison Méditerranée 2026, une programmation portée par les ministères français de la Culture et de l’Europe et des Affaires étrangères, avec une mise en œuvre confiée à l’Institut français.