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Discrimination à l’embauche : Macron fait volte-face

09 janvier 2020 à 10h40 Par Manuel Mariani
Crédit photo : D.R.

Parmi ses promesses de campagne de 2017, le candidat Macron assurait les électeurs qu’il lutterait activement contre la discrimination à l’embauche, notamment en pratiquant le « name and shame », une pratique consistant à dévoiler publiquement le nom des entreprises discriminantes.

Emmanuel Macron s’était notamment engagé à « pénaliser les discriminations à l'embauche et à rendre publics les noms des entreprises les plus délinquantes en la matière ».

Une partie de la promesse a pourtant été tenue, puisque le gouvernement a bien lancé une grande campagne de testing auprès d’importantes entreprises françaises.

Mais le problème réside dans le fait que les résultats de cette campagne ont quasiment été tenus sous silence. Par ailleurs, les noms des entreprises pratiquant la discrimination n’ont pas été dévoilés, de même qu’à notre connaissance, aucune d’entre-elles n’a fait l’objet de poursuites judiciaires.

L’étude démontre pourtant très clairement qu’il est beaucoup plus difficile de trouver un travail en se prénommant Malika ou Mohammed, que lorsque l’on porte un patronyme « bien français ». Cette campagne de testing montre en effet qu’un candidat français portant un nom à consonance maghrébine avait 20% de chances en moins de recevoir une réponse lors d'une candidature à une offre d'emploi et 30% de chances en moins d'être recontacté après une candidature spontanée.

Selon Yannick l’Horty, qui a dirigé cette opération de testing, « il y a des différences de traitement selon les origines présumées, et dans certaines entreprises elles ont un caractère massif », ajoutant que « L’on se rend compte qu'alors même que les grandes entreprises sont censées être mieux armées pour lutter contre les discriminations liées aux origines, elles discriminent. Certaines entreprises sont engagées dans des labels, signent des chartes, et on s'aperçoit qu'elles traitent différemment les candidats. L'intérêt et la nouveauté de cette étude, c'est qu'on peut produire ces pourcentages au niveau même de chaque entreprise ».

L’étude a également testé la discrimination par rapport au lieu d’habitation, et il en ressort qu’un candidat ayant un nom à consonance française mais habitant au Val Fourré ou aux Minguettes, aura plus de difficultés à trouver un emploi que le même candidat domicilié en centre-ville, mais toujours moins qu’un candidat portant un nom à consonance maghrébine, y compris si ce dernier réside à une « belle adresse ».

Les résultats détaillés de l’étude sont disponibles sur le site du TEPP (Théorie et Evaluation des Politiques Publiques), sans toutefois dévoiler les noms des entreprises discriminantes.