Imane Khelif : « Je n’ai aucune intention de me retirer » !

La championne algérienne raconte son parcours, ses sacrifices et les polémiques qui ont marqué sa carrière. « Mon cas a changé le sport », affirme-t-elle, décidée à poursuivre le combat pour les femmes et la justice.

Publié : 29 août 2025 à 1h24 par La Rédaction

Imane Khelif
Crédit : D.R ( Imane Khelif - Instagram )

Elle a appris à encaisser les coups bien avant de monter sur un ring. Imane Khelif, sacrée championne olympique de boxe à Paris en 2024, n’a cessé de se défendre, dans les salles d’entraînement comme face aux polémiques. Contestée sur son identité de genre, exclue de compétitions malgré ses performances, elle répond aujourd’hui avec sérénité et force : rien ne l’empêchera d’avancer.

Une passion née dans la douleur

Imane Khelif s’est longuement confiée dans une interview à La Gazzetta dello Sport, où elle raconte avoir découvert la boxe à l’âge de quinze ans. Avant cela, elle rêvait plutôt de football. Mais le choc de ses premiers gants a tout changé. « Je me souviens de la première fois dans  une salle, la première fois sur un ring et de la sensation en voyant mes gants avant de les enfiler. C’était le début d’un nouveau chapitre de ma vie, la découverte d’un monde que je ne connaissais pas. »

Ses parents, d’abord opposés, peinaient à accepter cette passion jugée inadaptée pour une fille en Algérie. « Au départ, ils étaient contre, surtout mon père. Nous venons d’une petite ville et, pour une fille, pratiquer la boxe était inhabituel. » Sa mère, elle, n’a jamais cessé de l’encourager. Avec le temps, son père a fini par la soutenir en constatant ses progrès.

Le prix du sacrifice

Pour s’entraîner, l’adolescente devait parcourir dix kilomètres à pied chaque jour. Elle finançait ses entraînements en vendant du pain, de l’aluminium et du fer dans la rue. « Chaque jour, pour pouvoir m’entraîner, je marchais dix kilomètres et je vendais du pain, de l’aluminium et du fer. Quand un doute sur ma capacité à continuer me traversait l’esprit, c’était toujours le moment de pousser encore plus fort. »

Ces sacrifices, elle les a transformés en force. Jusqu’à l’or olympique de Paris, une médaille qu’elle décrit comme « un moment qui restera avec moi pour toujours, un immense accomplissement qui ne peut être comparé à rien d’autre pour un athlète, du moins pour moi. Surtout en sachant tout le travail et les sacrifices consentis pour atteindre ce rêve. »

Les polémiques et l’exclusion

Sa victoire n’a pas éteint les controverses. Les tests d’admissibilité imposés par l’Association internationale de boxe (IBA), qui lui reprochait des taux de testostérone trop élevés, l’ont privée de compétitions comme l’Eindhoven Box Cup et les Mondiaux en Serbie.

« Comme athlète, je consacre toute ma vie à l’entraînement et à la préparation et je respecte les règles telles qu’elles sont écrites. Mais quand des pressions extérieures rendent les choses confuses, il devient facile d’être victime de décisions soudaines et injustes. Cela ne nuit pas seulement à l’athlète, mais à l’esprit même du sport, qui devrait se baser sur la transparence et le respect mutuel. »

Un combat pour toutes les femmes

Pour la native d'Aïn Sidi Ali, l’enjeu dépasse sa carrière personnelle. « Bien sûr. Je crois que mon cas a permis de mettre en lumière les défis que les femmes affrontent dans le sport et les injustices qu’elles subissent parfois à cause de la discrimination. Mon expérience a montré que rester ferme et s’accrocher à la vérité peut finalement conduire au succès, et que ceux qui veulent nuire aux femmes ne briseront jamais leur détermination. Le travail acharné et la persévérance peuvent apporter justice et améliorer le paysage sportif. »

Elle regrette l’absence de soutien de certaines adversaires aux Jeux, mais garde l’esprit ouvert : « Je reste toujours ouverte au dialogue et à la communication, car je crois que le sport est un pont de proximité et de compréhension, quelles que soient les positions ou les opinions. »

Une vision tournée vers l’avenir

La boxeuse de 25 ans ne songe pas à raccrocher. « Non, je n’ai aucune intention de me retirer. La victoire de la médaille d’or aux Jeux olympiques de Paris m’a donné encore plus d’énergie : j’ai affronté beaucoup de défis pour atteindre ce succès, y compris le harcèlement, et je veux continuer à me battre pour faire taire ceux qui doutent de moi. Avec mes résultats sportifs, mes objectifs ont grandi. Je veux une autre médaille et je veux contribuer à créer plus d’opportunités pour les femmes dans le sport. »

À ses yeux, un long travail reste à accomplir pour sensibiliser l’opinion publique. « Il y a encore beaucoup à faire pour sensibiliser le public. Un vrai changement demande du temps, des efforts constants et l’union des voix des athlètes avec celles des institutions qui les soutiennent. »

Avec confiance, elle regarde vers Los Angeles 2028 : « Je suis optimiste que l’impact sera différent, parce que la discussion que nous avons lancée lors des derniers Jeux laissera une trace et rendra les gens plus conscients et plus ouverts à comprendre la réalité de ce qui s’est passé, en créant un environnement sportif plus équitable et juste. »