Redalinho
03/12/2005, 13h47
Dans la montagne, chez les berbères, les jnouns arpentent les sentiers principalement le soir ou à la nuit tombée. Les jnouns sont les démons, les esprits qui se tiennent la derrière vous, se pressant pour regarder par dessus votre épaule. Ils vous accompagnent partout. Parfois vos propres jnouns se prennent de querelle avec ceux de votre interlocuteur. C'est ce qui explique ces subites bouffées d'antipathie qui vous submergent parfois sans raison apparente lors d'une première rencontre. A l'inverse si vos jnouns et les siens sont amicaux, alors d'emblée vous devenez les meilleurs amis du monde.
Les jnouns fréquentent de préférence certains lieux, les abords des cimetières, les chemins creux, les endroits désolés. Il est important de ne pas laisser entrer les mauvais jnouns dans la maison. Parfois vous remarquerez sur une porte l'empreinte d'une main trempée dans la couleur. C'est la main qui repousse le mauvais oeil, qui indique clairement " Passez votre chemin, on ne veut pas de mauvais jnouns par ici. ".
Les jnouns sont incroyablement présents dans la vie de tous les jours. Ils se mêlent sans vergogne aux affaires des vivants. Parfois, ils sont mauvais mais parfois ils prennent la défense des innocents et font justice aux humiliés.
A Boumalne Dades, les jnouns sont intervenus plusieurs fois. Mohamed m'a raconté l'histoire. Mohamed n'est pas particulièrement superstitieux, ni même vraiment croyant. Il n'est pas de ceux qui se précipitent à la mosquée à chaque appel à la prière. Il a fait des études à Ouarzazate. Mais à Boumalne dans les années 80, il était alors enfant, il y avait un adjudant de la gendarmerie qui faisait régner l'ordre. Un jour, les gendarmes capturent dans le souk un homme du village. Ils le traînent à la brigade pour lui faire avouer ses fautes, avérées ou imaginaires. Là, on l'enferme, on le brutalise.
Et puis, alors que le village s'endort, que les gendarmes fourbus s'apprêtent à prendre un repos bien mérité, la première pierre s'abat sur la façade. D'autres suivent, un déluge de pierres venues d'on ne sait où. Les vitres éclatent, la porte se fend, les pierres volent à l'intérieur, les meubles se précipitent en tous sens. Les gendarmes tentent une sortie, l'arme en batterie. Impossible, il faut se mettre à couvert. Personne sur qui faire feu, hormis ces pierres volantes qui surgissent du ciel, sifflant à leurs oreilles. Le lendemain, le prévenu est relâché faute de preuves sérieuses.
A quelques temps de là, Mohamed me jure qu'il y était avec son vélo et qu'il a tout vu, à quelque temps de là, l'adjudant est muté dans un autre poste. Il commande une charrette, il empile ses affaires personnelles, son mobilier. Le lit à peine chargé s'enflamme spontanément réduisant en cendres en un instant le contenu de la remorque.
Mohamed n'en tire pas d'autres conclusion que la preuve de l'existence des jnouns. Ce sont les jnouns qui sont intervenus pour chasser et pour poursuivre de leur vindicte cet adjudant brutal et détesté.
Il faut dire que dans cette montagne, les gendarmes sont toujours des arabes et les jnouns par ici sont plutôt des berbères.
http://photosbymartin.com/images/morocco/dades_gorge/images/dades_panorama.jpg
Les jnouns fréquentent de préférence certains lieux, les abords des cimetières, les chemins creux, les endroits désolés. Il est important de ne pas laisser entrer les mauvais jnouns dans la maison. Parfois vous remarquerez sur une porte l'empreinte d'une main trempée dans la couleur. C'est la main qui repousse le mauvais oeil, qui indique clairement " Passez votre chemin, on ne veut pas de mauvais jnouns par ici. ".
Les jnouns sont incroyablement présents dans la vie de tous les jours. Ils se mêlent sans vergogne aux affaires des vivants. Parfois, ils sont mauvais mais parfois ils prennent la défense des innocents et font justice aux humiliés.
A Boumalne Dades, les jnouns sont intervenus plusieurs fois. Mohamed m'a raconté l'histoire. Mohamed n'est pas particulièrement superstitieux, ni même vraiment croyant. Il n'est pas de ceux qui se précipitent à la mosquée à chaque appel à la prière. Il a fait des études à Ouarzazate. Mais à Boumalne dans les années 80, il était alors enfant, il y avait un adjudant de la gendarmerie qui faisait régner l'ordre. Un jour, les gendarmes capturent dans le souk un homme du village. Ils le traînent à la brigade pour lui faire avouer ses fautes, avérées ou imaginaires. Là, on l'enferme, on le brutalise.
Et puis, alors que le village s'endort, que les gendarmes fourbus s'apprêtent à prendre un repos bien mérité, la première pierre s'abat sur la façade. D'autres suivent, un déluge de pierres venues d'on ne sait où. Les vitres éclatent, la porte se fend, les pierres volent à l'intérieur, les meubles se précipitent en tous sens. Les gendarmes tentent une sortie, l'arme en batterie. Impossible, il faut se mettre à couvert. Personne sur qui faire feu, hormis ces pierres volantes qui surgissent du ciel, sifflant à leurs oreilles. Le lendemain, le prévenu est relâché faute de preuves sérieuses.
A quelques temps de là, Mohamed me jure qu'il y était avec son vélo et qu'il a tout vu, à quelque temps de là, l'adjudant est muté dans un autre poste. Il commande une charrette, il empile ses affaires personnelles, son mobilier. Le lit à peine chargé s'enflamme spontanément réduisant en cendres en un instant le contenu de la remorque.
Mohamed n'en tire pas d'autres conclusion que la preuve de l'existence des jnouns. Ce sont les jnouns qui sont intervenus pour chasser et pour poursuivre de leur vindicte cet adjudant brutal et détesté.
Il faut dire que dans cette montagne, les gendarmes sont toujours des arabes et les jnouns par ici sont plutôt des berbères.
http://photosbymartin.com/images/morocco/dades_gorge/images/dades_panorama.jpg