Redalinho
02/12/2005, 22h43
http://www.letemps.ch/template/societe.asp?page=8&article=169127
Les dates clés
Florence Gaillard
711 Arrivée des musulmans dans la péninsule Ibérique.
756 Le prince omeyyade Abd al-Rahman Ier proclame à Cordoue l'émirat indépendant d'al-Andalus.
785 Début de la construction de la grande mosquée.
929 Abd al-Rahman III pacifie al- Andalus et se proclame premier calife.
1198 Mort d'Averroès.
1236 Ferdinand III de Castille prend Cordoue. Et transforme la mosquée en «cathédrale».
1248 Ferdinand III s'empare de Séville.
1492 Le dernier bastion musulman d'Espagne, Grenade, tombe aux mains des Rois Catholiques.
1523 Implantation architecturale du sanctuaire et de la Chapelle royale dans la zone centrale du bâtiment.
1994 Inscription de la cathédrale au Patrimoine mondial de l'humanité.
Redalinho
02/12/2005, 22h45
Sur les routes culturelles d'Andalousie
-La route du Califat
De Cordoue à Grenade, la Route du Califat chemine sur les vestiges d'al-Andalus, l'état hispano-musulman qui s'est achevé en 1492 par la prise de Grenade par les Rois Catholiques. La route s'étire sur 180 kilomètres, part de la vallée du Guadalquivir, franchit les montagnes subbétiques et arrive dans la vega de Grenade, au pied de la Sierra Nevada. Intérêt historique des vestiges musulmans, romains et wisigoths sur lesquels les Maures ont fondé leurs cités-forteresses. Intérêt gastronomique des vignobles et des oliveraies, notamment à Baena, centre traditionnel de production d'huile. La route traverse les villes blanches de Castro del Rio, l'enclave surélevée de Montemayor ou le vaisseau blanc de Montilla, entourée par les vignobles.
Toujours dans la province de Cordoue, il vaut la peine de se perdre quelques heures dans la ville haute de Priego, voire loger chez un des chanceux habitants de ce recoin médiéval, tout blanchi à la chaux, qui plonge à perte de vue sur des collines d'oliviers. Amateurs d'histoire, de châteaux, de villages préservés et de bons vins, c'est pour vous. La route s'arrête à Grenade, gardant le plus impressionnant pour la fin: l'Alhambra, ultime bastion de la résistance musulmane.
Rens. www.legadoandalusi.es Guide: Route du Califat, itinéraire culturel européen. Edité par la Junta de Andalucia, 191 p.
-La route de Washington Irving
Un prétexte littéraire pour suivre un fil rouge entre Séville et Grenade. Washington Irving, écrivain et diplomate américain de la première moitié du XIXe siècle, voyageur tombé amoureux de l'Andalousie où il a vécu. Il en a tiré des récits à la fois romantiques et épiques, parmi lesquels les Contes de l'Alhambra. Le trajet jalonné de trésors mudejar et baroques compte 250 kilomètres entre les deux villes. Il passe notamment par la plaine d'Antequera, autre ville blanche hors du temps, où l'on a même découvert des dolmens. La route passe aussi par Fuente Vaqueros, petit village de Grenade qui abrite la maison natale du poète Federico Garcia Lorca.
Rens: http://www.legadoandalusi.es (http://www.legadoandalusi.es/) Guide Route de Washington Irving, itinéraire culturel européen. Edité par la Junta de Andalucia.
-Les routes du flamenco
L'Andalousie sollicite les yeux et les papilles. Et les oreilles? 20 millions de touristes visitent annuellement la région. Parmi eux, des passionnés de flamenco, recrutés de plus en plus chez les Asiatiques. Qu'on soit danseur, musicologue en herbe ou guitariste, l'Andalousie propose désormais des chemins spécifiques dans le patrimoine musical andalou. Oui, mais quel flamenco? Six routes spécifiques ont été dégagées. La première d'entre elles est le Circuit de la Bajani (guitare en gitan). Elle passe par Jerez de la Frontera, berceau de la guitare flamenca, Algesiras, où est né Paco de Lucia, et San Fernando, patrie du mythique Camaron de la Isla.
Le «Guide to Andalusian flamenco», édité par la Junta de Andalucia, présente ces routes musicales, ainsi que les figures historiques du flamenco. Document encyclopédique, il fourmille aussi d'adresses et de renseignements sur les écoles, les festivals et concours dans les différentes provinces andalouses. Version actualisée sur le Net: http://www.andaluciaflamenc... (http://www.andaluciaflamenco.org/)
Redalinho
02/12/2005, 22h47
Chrétienne et musulmane, la cathédrale de Cordoue
Construite sur une basilique, la Grande Mosquée a été le centre religieux de l'Espagne musulmane avant de se métamorphoser en cathédrale. Evocation sous une «forêt de colonnes».
«La logique extravagante du tourisme a converti Cordoue en lieu de passage.» C'est le chef de file des romanciers espagnols actuels, Antonio Muñoz Molina*, qui s'insurge. Car il entretient avec Cordoue un lien passionnel, «comme Baudelaire avec Paris, comme Laurence Durrell avec Alexandrie». La Cordoue rêvée de l'écrivain, qui lui a consacré un récit historique*, ce n'est pas tant cette étape andalouse pour visiteurs minutés, happés entre l'Alcazar de Séville et l'Alhambra de Grenade, mais la Cordoue de l'époque des Omeyyades, entre le VIIIe et le XIe siècle. Une ville non de «passage», mais d'arrivée. Là où les choses se passaient, où l'on publiait soixante mille livres par année. Pas moins que la capitale de l'Occident, vu depuis le sud des Pyrénées. Souvenez-vous des obscurs «Sarrasins», ces sanguinaires qui ont défait Charlemagne et l'obscur Roland à Roncevaux en 778. Ce sont eux qui ont fondé un émirat à Cordoue en 756, faisant de l'Espagne - Al Andalus - le premier Etat indépendant au sein du monde musulman. Cordoue, qui tolérait voire protégeait les non musulmans, prospérait comme un jardin de civilisation dans une Europe obscure. Une ville qu'on dirait, aujourd'hui, multiculturelle.
Il y a de l'angélisme à croire que la Cordoue de l'Age d'or était un modèle de bienveillance. Néanmoins, musulmans, chrétiens et juifs ont cohabité pacifiquement, échangé des savoirs, et conçu des enfants «mixtes» le temps d'un miracle de plusieurs siècles. A Cordoue, on entendait en stéréophonie les trompes juives, les cloches d'église et l'appel du muezzin. On envisageait l'arrangement pratique, comme l'évoque Antonio Muñoz Molina, avec des «chirurgiens juifs, précis comme des horlogers, qui châtraient des esclaves blonds ou africains dans les fabriques d'eunuques pour fournir les palais et les harems.»
Il fait près de 20 degrés, fin novembre à Cordoue. La ville se prépare à Noël. Ici, les sapins n'ont pas d'aiguilles mais des feuilles brillantes. Pas besoin de suspendre des boules sous les branches, elles y sont déjà, avec des couleurs et des parfums d'orange. Dans le jardin de la grande mosquée, noyau historique, les fruits embaument comme au VIIIe siècle, lorsque les musulmans ont racheté aux chrétiens leur part de basilique, jusque-là utilisée «en copropriété», pour en faire une mosquée: un édifice qui se voulait, du côté nord de la Méditerranée, le miroir de la Grande Mosquée des Omeyyades de Damas. En deux siècles, la mosquée de Cordoue a démultiplié ses colonnes de marbre. Elle a inventé une palmeraie de pierre. Le lieu a fini par contenir 20000 fidèles agenouillés à heure fixe, répartis sur 23000 m2. La plus grande mosquée du monde après celle de La Mecque.
Dans la forêt de colonnes, choisir un pilier au hasard et humer les lieux. Sous les arcs rouges et blancs qui rappellent que le Maroc est juste en face, des hommes passent. Celui qui s'avance vers le mihrab? C'est Averroès, le philosophe-calligraphe-médecin du XIIe siècle, à qui l'Europe médiévale doit la transmission des textes d'Aristote. Tout à l'heure - parce que les juifs et les chrétiens passent parfois par la mosquée, histoire de jouer aux échecs ou causer affaire -, il a croisé le talmudiste, juriste et médecin Maïmonide, juif de culture arabe et pur Cordouan. Est-ce qu'ils ont médité, sans passer pour des hérétiques, la brièveté des choses en lisant Sénèque, né dans la Cordoue romaine avant d'aller faire le maître d'école chez Néron? Disons oui.
Quant au curé mélancolique enterré dans les murs de la mosquée, il débarque du XVIe siècle. C'est le poète Luis de Gongora. Entré dans les ordres pour ne pas crever de faim. Il lève la tête. Il y a tant d'or au plafond. Tant d'anges dodus. C'est comme ça depuis que Charles Quint a autorisé la destruction du centre de la mosquée pour qu'on y mette à la place un grand édifice chrétien. Il paraît qu'il l'a bien regretté. «Je ne savais pas ce qu'était ce bâtiment, confie l'empereur lorsqu'il découvre enfin Cordoue. Et si je l'avais su, je n'aurais pas permis qu'on touche à ce qui était ancien, parce que vous faites ce qu'il est facile de faire et qu'on trouve n'importe où, et que vous avez détruit ce qui était unique au monde.»
Le contraire est aussi vrai. La Grande Mosquée-Cathédrale est unique parce qu'elle raconte l'histoire bricolée. La mosquée de l'émir Abdel el-Rahman I a poussé sur une modeste basilique wisigothe. En dessous, subsistent des vestiges romains, sous lesquels se trouvent des traces des Phéniciens. En dessus, les catholiques de la Reconquête ont greffé leur coupole, ajouté des chapelles gothiques et baroques. Aujourd'hui, le lieu est muséifié, mais l'histoire n'est pas terminée. Il y a des assidus qui rêvent de retrouver la grande époque musulmane. Il y a des offices touristiques qui promeuvent Cordoue comme le symbole de la symbiose. Et il y a des jeunes filles japonaises qui entre deux leçons de flamenco, tapotent des sms sous les orangers de la mosquée. En mille ans à Cordoue, seul le parfum des oranges est resté inchangé.
*Cordoue des Omeyyades, Antonio Muñoz Molina. Ed. Hachette littératures.
Redalinho
02/12/2005, 22h49
Puerta Almovodar - Cordoue
http://www.cordoba.es/portal/servlet/noxml?id=turcanaContenido%20M3532109:25:11.&mime=image/jpeg
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